Si l’offre de produits agricoles et alimentaires doit radicalement changer, la demande aussi. Nos modes de consommation sont éminemment anti-écologiques et témoignent d’une rupture profonde entre la vie des gens et leurs milieux naturels. Il faudrait aussi, par divers moyens, réapprendre à se nourrir, et interroger nos besoins véritables. A-t-on besoin de manger des fraises au mois de février ? Des haricots verts en novembre ? Les fruits et légumes hors saison poussent soit en serres chauffées, soit viennent de l’autre bout du monde. Dans les deux cas, leur empreinte carbone est maximale. Ne serait-ce pas plutôt une envie ? Dans ce cas, un peu de réflexion et d’autodiscipline permettrait de la faire passer. J’entends déjà les hauts cris : « Écologie punitive ! », « Puritains ! ». Non, il s’agit plutôt d’un sens des limites. Vouloir satisfaire chacune de nos envies instantanément nous replace dans position de l’enfant tout-puissant qui veut tout, tout de suite, et quelles que soient les conséquences collectives de ces envies. Après moi le déluge. C’est irresponsable et puéril. Vu la situation, il nous faudra tous faire des efforts, individuellement et collectivement. Il ne s’agit pas pour autant de se passer de toutes les bonnes choses exotiques, seulement de limiter leur consommation, de prendre conscience que c’est un luxe et ne peut pas être la norme quotidienne. Idéalement, il faudrait parvenir à accepter ensemble de renoncer à certaines de ces facilités, en responsabilité, pour le bien de tous.

Hélène Tordjam, La croissance verte contre la nature, Critique de l’écologie marchande, Paris, La Découverte, 2021, p. 333.