Que fait la violence alors ? Elle ronge d’abord, elle brise ensuite cette confiance minimale, sans laquelle la relation est invivable. Ainsi en va-t-il chaque fois qu’elle fait irruption dans un couple, entre des parents et leurs enfants, entre deux amis, entre des collègues, dans n’importe lequel des lieux de vie que nous partageons avec d’autres : le foyer, l’école, le bureau… La violence détruit les relations amoureuses, amicales, parentales, éducatives, professionnelles, à mesure que la répétition des paroles brutales, celle des outrages, des insultes, des coups, toutes les voies possibles d’une humiliation répétée, substituent l’appréhension, la crainte, et pour finir la terreur à ce minimum de confiance, qui, quoi qu’il arrive, aussi fragile, aussi minimal soit-il, soutenait jusqu’alors le cours de l’existence.
Marc Crépon, 2020, Ces temps-ci, la société à l’épreuve des affaires de mœurs, Paris, Rivages, 2020, pp. 22-23.
